De la semence jusqu’à toi : comment sont produites les plantes médicinales à la ferme? (1/2)

Les aromates et les plantes médicinales voyagent depuis des siècles d'un continent à l'autre. Aujourd'hui, on cuisine et on se soigne à tous les jours avec des plantes du monde entier. C'est fantastique!

Mais ce que cette mondialisation a aussi fait dans les dernières décennies, c'est éloigner la production des consommateurs. Même les plantes qui poussent tres bien au Québec viennent maintenant souvent de très loin. Conséquence : on est plus que jamais déconnectés de l'origine des plantes qu'on consomme et qui nous soignent.

Il y a mille raisons de s'intéresser à cette origine, à commencer par le fait que si ces plantes doivent nous soigner et nous nourrir, elles ne doivent pas nous rendre malades et la planète non plus! Parce que malheureusement, qui dit longue chaîne d'approvisionnement dit absence de transparence et déresponsabilisation.

Ce n'est pas une fatalité! Il y aura toujours des mystères sur les plantes cultivées à l'autre bout du monde, mais pas sur celles cultivées chez nous.

Un processus en 7 étapes

Avant d'être moi-même productrice agricole, les étapes nécéssaires pour qu'un produit issu de la terre aboutisse dans mes mains étaient on ne peut plus floues. Quand on a fondé la ferme maraîchère Millefolia il y a 10 ans, une motivation importante était d'éliminer ce flou en reconnectant les mangeurs à la terre qui les nourrit. Comme nos clients d'il y a 10 ans, on sait que les herboristes ont aussi à coeur de savoir où et comment les plantes qu'elles utilisent comme matière première sont cultivées. De s'assurer qu'elles sont produites de manière éthique et écologique, aussi.

C'est dans cet optique qu'on parle ici des dessous de la production des plantes médicinales et des aromates ici à la ferme.

Le processus de production s'étend généralement de février à octobre et se divise en 7 grandes étapes:

  1. La propagation
  2. L'entretien des jeunes plantes
  3. La transplantation au champ
  4. L'entretien au champ
  5. La récolte
  6. Le séchage
  7. Le conditionnement

La propagation (ou multiplication)

De janvier à mai

La propagation, ou la multiplication, est la toute première étape pour avoir des plantes à cultiver. Le matériel de propagation est un terme général qui désigne les semences, les boutures et les plantes-mères.

Tout commence avec du matériel de propagation fiable! Le domaine des plantes médicinales est à la fois niché et populaire; en pratique, ce n'est pas toujours évident de trouver des bonnes variétés pour une échelle commerciale, qui sont à la fois productives et riches en composés actifs! Il faut savoir distinguer les variétés développées pour la culture ornementale des variétés "de base", plus près de la plante sauvage, et celles développées spécifiquement à des fins médicinales.

Pour satisfaires aux exigences de la certification, le matériel d'origine doit également être biologique.

La plupart de nos plantes sont cultivées à partir de semences. Nous produisons quelques semences nous-mêmes, mais être semencier.e est un métier en soi et d'autres le font bien mieux que nous. Nos semences proviennent de quelques semenciers au Québec et de l'Ontario.

Certains plantes sont propagées par bouture. Quand des plantes présentent des traits de culture particulièrement intéressants, on est heureux de pouvoir les conserver via cette méthode de reproduction asexuée. Mais pour garder une variété génétique saine qui nous permet de s'adapter aux variations climatiques, il vaut mieux repasser par l'étape de la semence une fois de temps en temps.

Qu'elles soient issues de semis ou de boutures, les jeunes plantes sont fragiles. Pendant 1 à 4 mois, ces petites plantes grandissent donc dans la serre sous une attention constante.

La mise au champ et l'entretien

De mai à juin

Une fois prêtes à affronter le monde extérieur, les petites plantes sont transplantées en pleine terre. Cela implique de préparer le terrain: réduire la présence d'herbes indésirables, ameublir, amender.

Ici à la ferme, on minimise le travail du sol afin de perturber le moins possible le fragile équilibre qui s'y trouve. Comment alors passer d'une prairie à une culture, ou d'une culture à une autre? Plusieurs mois avant l'implantation d'une culture, voire l'année précédente, on place de grandes bâches noires au sol. En dessous meurent et se dégradent les herbes indésirables, ce qui laisse à la place un sol humide et exempt de plantes compétitrices. Entre deux cultures, nous semons aussi des engrais verts. Les engrais verts sont des cultures secondaires qui ne sont pas destinées à être récoltées mais dont les fonctions sont multiples: décompacter, enrichir, réduire la pression des herbes indésirables et réduire la pression des ravageurs.

Les jeunes plantes s'implantent et s'épanouissent rapidement dans leur nouvel environnement, à condition de recevoir ce dont elles ont besoin. La disponibilité de l'eau est particulièrement critique et des printemps trop secs ou trop humides peuvent leur être fatals (Allez savoir, il arrive de plus en plus souvent qu'on ait dans une même année un printemps trop sec ET trop humide. Merci les dérèglements climatiques.)

Tout au long de leur période de croissance, les plantes sont amendées de compost, désherbées et irriguées. La plupart ont besoin de plusieurs mois pour atteindre leur point de récolte. Certaines plantes cultivées pour leurs racines, comme l'échinacée,  la valériane, l'aunée et la guimauve, restent jusqu'à 3 ans au champ afin que leurs racines soient suffisamment matures et riches en composés actifs lorsqu'elles sont récoltées.

La récolte

De juin à novembre

On y est! Les plantes ont grandi, les feuillages sont abondants et des fleurs commencent à pointer. C'est le bon moment pour récolter la majorité des plantes médicinales cultivées à la ferme.

Vers le milieu de l'avant-midi, quand les dernières gouttes de rosées se sont évaporées, on sort les outils de récolte et on s'y met! Nos plantes sont récoltées manuellement, ce qui nous permet de sélectionner les tiges et les fleurs en santé qui donneront un produit final dont on sera fiers. Le travail est assez long, mais on savoure la satisfaction d'avoir réussi à cultiver des belles plantes aromatiques et puissantes qui seront transformées en une variété incroyable de produits.

Rapidement après la récolte, parfois même avant d'avoir tout récolté, on roule nos chariots pleins vers le séchoir. Il faut absolument veiller à ce que les plantes récoltées ne restent pas trop longtemps au soleil direct qui peut les dégrader rapidement.

Une bonne part de la qualité du produit final se joue donc dans la capacité à reconnaître le bon moment pour récolter et dans une récolte rapide.

Et après la récolte?

Plusieurs mois se sont écoulés depuis la multiplication et mise au champ, mais le travail n'est pas fini! Avant que les plantes ne quittent la ferme, il reste deux étapes de grande importance : le séchage et le conditionnement.

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