Ce qui est fabuleux avec les vivaces, c'est qu'à ce temps-ci de l'année où nos yeux sont avides de verdure, elles nous font l'honneur de se pointer sous les restes de neige. Sans que l'on ait à fournir le moindre effort, elles sont fidèles au poste. Elles sont un point d'ancrage dans le paysage non seulement pour nous les humains, mais aussi pour la microfaune du sol qui trouve refuge à leurs pieds en hiver. Quand les premiers rayons de soleil activent les feuilles, leurs racines se réchauffent et recommencent à fournir le carbone et les exsudats desquels cette faune se nourrit. Le printemps est officiellement arrivé.

Dans cet article, nous voulions prendre le temps de faire la distinction entre deux termes souvent confondus: vivace et rustique. Ce n'est pas si simple, mais c'est toujours aussi fascinant!

Plantes rustiques et zones de rusticité

Le terme rustique évoque la résistance de la plante aux conditions climatiques difficiles de la saison dite "morte". Au Québec, il s'agit évidemment de l'hiver et des gels qui l'accompagnent. On parle de zones de rusticité pour désigner des étendues géographiques dont les conditions climatiques adverses sont semblables. Sept variables climatiques sont prises en compte pour délimiter ces zones. Parmi celles ci figurent l'intensité du froid, la durée du froid, le vent et le couvert de neige en hiver.

Les cartes telles que celle ci-bas sont d'une précieuse aide pour déterminer la zone de rusticité de son jardin. Il faut toutefois garder en tête que de nombreux microclimats existent à l'intérieur de ces zones et peuvent influencer, favorablement ou défavorablement, votre zone. Par exemple:

  • la microtopographie : les cuvettes piègent le froid, mais également la neige; un versant sud se réchauffe plus vite, mais est potentiellement exposé au vent; un versant nord peut-être exposé au vent sans être réchauffé par le soleil.
  • la présence d'un corridor de vent : le vent contribue au refroidissement, d'autant plus s'il balaye la neige et expose le sol.
  • la localisation dans une grande ville, qui crée des ilots de chaleur.

Montréal et Laval se trouvent en zone 6b*, le plus chaud du Québec. L'échelle canadienne varie de 0a (l'entièreté du Nunavut, une grande partie des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon et la péninsule d'Ungava au Québec) à 9b (une minuscule zone au sud de l'ile de Vancouver, en Colombie-Britannique). Malheureusement, on ne peut pas passer sous silence le fait que le climat change et que ces zones devront être révisées tôt ou tard.

Mais bref, la rusticité d'une plante vous informe sur sa capacité à survivre à l'hiver dans votre région.

Plantes vivaces

Le terme vivace fait référence au cycle de vie de la plante. Il s'oppose à annuelle ou bisannuelle.

Une plante vivace résiste à la rigueur de l'hiver et vit plus de deux saisons. Certaines vivaces produisent des fleurs dès l'année suivant le semis. D'autres ne fleuriront qu'à la deuxième année, la troisième, parfois beaucoup plus! L'achillée millefeuille est une vivace indigène capable de produire des fleurs dès sa première année. La lavande est une vivace dont la plupart des variétés ne fleurissent que la deuxième année. Les arbres et arbustes sont des vivaces qui ne fleurissent que plusieurs années après leur semis.

Les plantes annuelles n'ont qu'une seule saison pour se reproduire et ont tendance à avoir une période de floraison prolongée du printemps jusqu'à l'automne. Autrement dit, elles mettent le paquet pour assurer leur reproduction via une floraison relativement abondante. Les plantes bisannuelles ont un cycle de vie qui s'étend sur deux ans. La première saison est consacrée à la croissance végétative (les feuilles), puis la deuxième saison sert à la production de fleurs et de semences. Le persil, la betterave est le oignons sont des exemples de plantes bisannuelles.

 

Toute vivace n'est pas rustique

Pour bien mélanger les cartes, certains disent des plantes vivaces, mais non rustiques, qu'elles sont annuelles. Bien que cela ne soit pas rigoureusement exact, cette information est utile au jardinier... à condition de se trouver dans la même zone de rusticité celui ou celle qui fait cette affirmation!

Au Québec, l'automne avertit les plantes vivaces de rapatrier sous terre les réserves restant dans leurs feuilles. C'est ainsi que les feuilles changent de couleur et tombent, et que les parties hors-sol meurent ou tombent en dormance. Les plantes vivaces survivent toute la saison froide grâce à leurs racines, bulbes ou rhizomes enfouis dans le sol.

Ces organes souterrains doivent résister au froid pour assurer la survie de la vivace. C'est pour cela que des variables comme la durée du gel, l'intensité du gel ainsi que le couvert neigeux sont prises en compte dans la délimitation des zones de rusticité : elles influencent la pénétration du gel dans le sol vers ces organes de survie.

Quand on parle de vivaces fragiles, il est question de plantes vivaces à la limite de leur zone de rusticité. Des conditions hivernales défavorables causant un gel au sol anormalement fort ou profond peuvent leur être fatales.

 

Alors, que faire avec les vivaces au jardin ?

Comment s'approprier ces grands principes au bénéfice de vos vivaces ? Pour favoriser la survie de vos vivaces, la première étape est évidemment de choisir des espèces et des cultivars adaptés à votre zone de rusticité. Outre cela, voici trois trucs qui les aideront à passer l'hiver.

Planter au bon endroit : Puisque le vent et l'absence de neige sont deux grands dangers hivernaux, assurez-vous de planter vos vivaces plus fragiles là où ces risques sont moindres. Cela peut être près d'un bâtiment, du côté opposé aux vents dominants. Une clôture peut aussi contribuer à l'accumulation de neige pour former une douce protection naturelle contre le froid. Certains avancent que ces simples précautions peuvent faire gagner toute une zone de rusticité! Si vous vous trouvez en zone 4a, vous pourriez ainsi faire survivre des vivaces de zone 5a.

Appliquer une bonne couche de paillis : un paillis naturel fait de bois raméal fragmenté (BRF) peut protéger aussi bien que la neige vos délicates plantes. Un bon 10 à 15 cm saura prévenir les indésirables variations de température du sol. L'avantage du paillis est qu'il confère une protection aussi bien contre les gels hâtifs en automne et les gels tardifs au printemps, alors que le couvert neigeux est insuffisant ou inexistant.

Isoler les bacs et mettre les pots en terre : les racines des vivaces en pots sont très peu protégées du froid. La terre contenue dans les pots, même dans les grands bacs, n'est pas suffisante pour servir de masse thermique. C'est presque comme si elles étaient à nu! Cela dit, peu importe la taille de vos contenants, il y a moyen d'y mettre des vivaces qui pourront survivre à l'hiver. Les grands bacs peuvent être isolés avec des feuilles de styromousse. De plus en plus de gens conçoivent l'isolation à même le bac, c'est invisible et assez efficace. Optez pour des feuilles de 3po d'épaisseur, au minimum.

Quant aux pots, l'idéal est de les enterrer au ras du sol suivant les mêmes principes que les points précédents. Si vous n'êtes pas en mesure de protéger vos contenants par l'une des options précédentes, choisissez des vivaces très rustiques. Plus la zone de rusticité d'une vivace est basse par rapport à la vôtre, plus elle a de chances des s'en tirer.

Monarde vivace perçant la neige au printemps

Quelques vivaces rustiques coups de coeur

L'achillée millefeuille

Achillea millefolium

Zone de rusticité : 3

Notre chouchou, l'achillée millefeuille, n'est pas seulement très résistante. Elle est indigène, mellifère et médicinale! Elle peut facilement survivre à l'hiver même en pot, du moins dans la région de Montréal (6a). Alors que la neige tarde encore dans les champ, les jolies pousses hâtives de l'achillée font notre joie à la ferme. Les fleurs d'achillée infusées dans l'eau ont un goût de miel fort agréable. Une infusion plus longue font ressortir son amertume et accentue ses propriétés médicinales.

La monarde

Monarda dydima

Zone de rusticité : 4

La monarde est elle aussi indigène, mellifère et médicinale. Elle survit sans problème à l'hiver montréalais lorsqu'elle est en pleine terre, mais elle pourrait avoir plus de difficultés en pot. La monarde produit de magnifiques fleurs magenta pendant une bonne partie de l'été. Ses feuilles et ses fleurs sont très parfumées et agrémentent soupes potages et salades. La monarde citronnée est une autre variété tout aussi rustique mais à l'allure complètement différente.

La ciboulette chinoise

Allium tuberosum

Zone de rusticité : 4

La ciboulette chinoise est parfois aussi appelée ciboulette à l'ail et poireau chinois. Elle pousse en touffe et produit des fleurs blanches disposées en boule, très décoratives. Ses feuilles plates et allongées rappellent l'ail des bois en texture et en goût. Tout comme la ciboulette traditionnelle, vous pouvez l'intégrer à pratiquement tous les plats où vous recherchez cette délicate touche d'ail.

Le plantes vivaces et rustiques offrent de formidables options pour le jardin. Afin d'en tirer le meilleur, portez une attention particulière à leur emplacement lors de la planification de votre jardin.


* Attention! Il est question ici des zones de rusticité canadiennes, une norme relativement nouvelle. Beaucoup de producteurs de plants font plutôt référence à la norme établie par le USDA. Bien que les deux soient très similaires, le système canadien prend en compte beaucoup plus de facteurs que le système états-unien.

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